Les objectifs

Carte d’identité du Programme Life tourbières du Jura

Nom : Life "Réhabilitation fonctionnelle des tourbières du massif jurassien franc-comtois" - LIFE13 NAT/FR/762
Durée : 6 ans (de juin 2014 à novembre 2020)
Budget total : 8 051 163 euros
Localisation : massif jurassien franc-comtois
Interventions : sur 60 tourbières réparties sur 16 sites Natura 2000

Bénéficiaire coordinateur : Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté
Bénéficiaires associés : Syndicat mixte des milieux aquatiques du Haut-Doubs, Parc naturel régional du Haut-Jura, Association des amis de la Réserve naturelle du lac de Remoray, Syndicat mixte d’aménagement du Dessoubre et de valorisation du bassin versant et DREAL Franche-Comté
Partenaires financiers : Union européenne, Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, Conseil régional de Franche-Comté, Départements du Doubs et du Jura.


frasne

Les objectifs généraux du programme

1/ Conduire des opérations de réhabilitation du fonctionnement hydrologique des tourbières situées dans le réseau Natura 2000 du Jura franc-comtois, afin de maintenir ou d'améliorer les états de conservation d’habitats et d’habitats d'espèces d’intérêt communautaire ;

Cette réhabilitation aura lieu sur le long terme : dans la mesure où les opérations seront optimisées au maximum des possibilités techniques, elles ne nécessiteront pas ou peu d’actions récurrentes après le Life.

2/ Acquérir certaines parcelles pour garantir leur préservation ;

3/ Sensibiliser la population et les acteurs à la protection de ces écosystèmes afin d’assurer leur préservation sur le long terme.

 

Les objectifs de travaux

  • 60 tourbières impactées (37 % des tourbières du réseau Natura 2000 du Jura franc-comtois)
  • 16 000 mètres linéaires de neutralisation de drains ;
  • 11 000 mètres linéaires de restauration de cours d’eau ;
  • 26 ha de régénération de zones d’extraction ;
  • 57 ha de défrichement ou de peuplements forestiers abattus ;
  • 3 modifications ou suppressions d'infrastructures inadaptées.
  • 10 plans de gestion seront réalisés ;
  • 46 ha de tourbières seront acquis.

L’expérience acquise dans le cadre de ce programme pourra par la suite être utilisée localement et sur d’autres sites du réseau Natura 2000.

Enfin, les actions de communication mises en œuvre contribueront à une prise de conscience collective de l’intérêt des tourbières et de la nécessité de les protéger.

 

Les objectifs de restauration : habitats, flore et faune

Le projet va ainsi impacter positivement 510 ha d’habitats de tourbières, dont 412 ha sont d’intérêt communautaire, améliorant ainsi leur état de conservation :

  • Prairies à Molinie sur sols calcaires : 61 ha ;
  • Mégaphorbiaies hygrophiles : 53 ha ;
  • Tourbières hautes actives : 88 ha ;
  • Tourbières hautes dégradées : 32 ha ;
  • Tourbières de transition et tremblantes : 45 ha ;
  • Tourbières basses alcalines : 14 ha ;
  • Tourbières boisées :119 ha.

En outre, les actions de restauration (ex : coupe de plantation) permettront de restaurer 10 ha d’habitats tourbeux supplémentaires.

Le projet va également agir directement sur les espèces de l’annexe II de la Directive Habitat en améliorant ou maintenant l’état de conservation des populations de Saxifrage oeil de bouc (Saxifraga hirculus) (unique station en Franche-Comté), Liparis loeselii, Drepanocladus vernicosus, Porzana porzana, Leucorrhinia pectoralis, Maculinea nausithous, Euphydryas aurinia, Lycaena helle, Lycaena dispar, Coenagrion mercuriale, Vertigo geyeri (seules pop. françaises).

Un grand nombre d’autres espèces de fort intérêt patrimonial seront également positivement impactées : Carex heleonastes, Lycopodium inundatum, Boloria aquilonaris, Coenonympha tullia, Gallinago gallinago, Saxicola rubetra, etc.

C’est le fait d’intervenir presque simultanément sur la globalité du réseau des tourbières jurassiennes qui permet raisonnablement d’espérer une amélioration de l’état de conservation de ces populations d’espèces.

 

Objectifs relatifs au changement climatique

Les tourbières sont des écosystèmes vulnérables, intimement liés à la saturation en eau. Elles constituent des réserves de carbone plus conséquentes que les forêts : les 4 millions de km2 de tourbières mondiales stockent l’équivalent de 75 % de tout le carbone de l’air, ou celui de toute la biomasse terrestre, ou encore 2 fois le carbone stocké dans toute la biomasse forestière du monde.

Un abaissement prolongé du niveau piézométrique peut induire un arrêt de la production de tourbe. Si l’abaissement est prolongé ou répété, ils peuvent provoquer un basculement dans l’écosystème, avec la disparition des espèces édificatrices de la tourbe (mousses, dont sphaignes essentiellement) et le développement d’espèces indésirables dans ce contexte (bouleau, molinie notamment). Le fonctionnement de la tourbière est alors fortement perturbé :

  • elle ne produit plus de tourbe et n’est donc plus fonctionnelle : les habitats et espèces qui la composent normalement régressent voire disparaissent totalement ;
  • elle passe, du fait de la minéralisation de la tourbe, d’un statut de puits de carbone à celui d’émissaire, augmentant par rétroaction l’effet de serre.

 

Les projections de changement climatique établies pour l’Europe de l’Ouest prévoient une augmentation des températures, couplée à une réduction de la pluviométrie en période estivale. La vulnérabilité des tourbières jurassiennes, déjà perturbées hydrologiquement par les atteintes directes (drainage, tourbage, etc.), ne va donc faire qu’augmenter. En France, les émissions sont estimées à 2,7 Mt de CO2 en 2008 pour 1120 km² de tourbières dégradées, avec des émissions potentielles de 450 Mt dans le futur (Joosten, 2009).

En restaurant au maximum des possibilités le fonctionnement des tourbières, c'est-à-dire en induisant globalement une rehausse de leurs nappes phréatiques, ce projet va permettre :

  • de donner de la résilience aux écosystèmes tourbeux, c'est-à-dire une meilleure capacité à supporter les changements, dont le changement climatique, et donc permettre aux habitats et espèces d’intérêt communautaire de mieux se maintenir ;
  • de rééquilibrer et si possible inverser le bilan carbone des sites en les faisant repasser du statut d’émissaire à celui, normal, de puits.